lundi 22 novembre 2010

"Même si vous avez mal, Souriez!"

© David Hamilton
                                                                
C'est ce que nous disait, en substance, ma prof de danse quand j'étais petite. Je ne me souviens pas avoir eu, un jour, un quelconque talent pour cette discipline, je devais être une élève plutôt quelconque...Non seulement, je n'étais pas très souple mais en plus, alors que les autres filles apprenaient la chorégraphie en une seconde, pour moi, l'exercice était plus difficile. Non, je ne faisais pas partie de ces filles qui suscitaient l'admiration auprès de ses petites camarades et à qui la prof prédisait déjà un avenir des plus prometeurs...Pourtant, ces mercredi après-midis passés devant le miroir m'ont plus appris que bien d'autres cours...Aujourd'hui encore, j'ai la (sale) manie de marcher sur mes pointes de pieds, je me surprend à faire des jeux de jambes en tout genre. Comme si ces heures avaient laissé une trace indélébile dans mon corps. La résistance à la douleur aussi, l'effort, le travail, sont autant de valeurs que cette pratique m'a transmise. Et surtout, cette phrase qu'elle nous répètait inlassablement quand nous étions à la barre ou à bout de souffle, est l'une de celles qui m'a le plus marqué dans ma vie, 15 ans après elle continue de résonner dans ma  tête...Et je dois avouer que j'ai pris l'habitude de respecter cette instruction à la lettre.

Mais, l'influence qu'a eu la danse sur moi ne s'arrête pas là. Au fil des années, je me suis rendue compte que j'étais fascinée par son imagerie...Rien n'a plus d'attrait pour moi que les jupons de tulle, les ballerines, les rubans de satin, les poses gracieuses, une certaine fragilité...C'est simple, dès qu'une photographie met en scène ces élèments, je suis immédiatement conquise. Du coup, j'en enregistre des tonnes sur le disque dur de mon ( pauvre, vieil) ordinateur. Ce n'est pas pour rien si David Hamilton et Annie Leibovitz, tout deux fascinés par le monde de la danse, sont dans le top-ten de mes photographes de référence. Et tous les magazines qui explorent ce thème, se retrouvent immédiatement dans ma petite collection. Pour le plan vestimentaire, je suis complètement accro aux ballerines Repetto et mon rêve ultime est un jupon à la Carrie Bradshaw,tellement épais qu'on pourrait s'y blottir...
Influencée jusqu'à la moelle, je vous le disais!

Je vous laisse avec les belles images de Sir Hamilton  :)




                                                                       © David Hamilton via  Peter's Friends

lundi 8 novembre 2010

La petite fille perdue


Il y a quelques jours, je suis rentrée dans un magasin de jouets. Evènement en soi, puisque cela faisait pas moins d'une éternité, sinon une vie, que je n'étais pas allée dans ce genre d'endroit. Je me suis souvenue des moments que j'avais passé dans ces lieux, du fantasme qu'ils représentaient dans ma petite enfance. Je me revoyais courir de rayon en rayon, ne sachant où donner de la tête, les yeux écarquillés devant tant de belles choses, la bouche entrouverte en un "Oh" émerveillé...J'en avais passé des instants, à regarder cette Barbie, encore plus belle que toutes celles qui trainaient à la même heure sur le sol de ma chambre, à ne pas vouloir la quitter des yeux, à ne pas vouloir la quitter tout court d'ailleurs...

Quand mes pas ont passé la porte du magasin samedi dernier, j'ai senti que rien ne serait jamais plus comme avant. Comme lorsque j'avais 6 ans...Le charme était rompu. Je suis restée insensible devant la multitude de jouets qui se trouvait devant moi...A ce moment-là, j'ai eu le sentiment d'avoir perdu quelque chose...Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, je ressens la même chose quand je tombe sur un dessin-animé à la télévision. Sauf exception, ils ont du mal à m'emporter, je les regarde d'un oeil distant, souvent presque blasé...Alors, au fond, que reste t'il de notre enfance? De cette période où l'on est pas encore tout à fait soi-même et à la fois libre d'être?

Je n'ai pourtant pas l'impression, toute ces années, d'avoir trahi la petite fille que j'étais...Tout ce que je fais, tout ce que je vis, c'est pour elle, en son nom, pour ne pas la décevoir...Elle est toujours là, cachée peut-être, invisible, mais bien là. Je dirais même qu'elle n'a jamais été si présente. Elle est dans chacun de mes regards, dans chacun de mes rires...Elle est ma colonne vertébrale.

Alors bien sûr, aujourd'hui, les jouets ont été remplacés par les vêtements (auparavant tant redoutés), les magazines sont venus s'ajouter aux livres...Mais quand on regarde bien, l'émerveillement, que les jouets me procuraient avant,s'est juste déplacé vers de nouveaux objets. Plus adaptés à la personne que je suis devenue.

Les rêves que je chérissais alors, sont toujours les mêmes aujourd'hui. Et même si, parfois, la nostalgie résonne en moi à cause de ces instantanés de vie envolés, l'enfance, la vraie, ne se termine jamais...Elle est un état d'esprit, un regard sur le monde...C'est la perte de cette enfance-là qui est tragique et irréversible, car elle est, en quelque sorte, une petite mort de l'âme...Cette fameuse "âme d'enfant".

Ps: La photo qui illustre cette "histoire" est de lauren {elycerose} . Je l'ai découverte grâce à Beauty in Everything, un super site qui regorge de petites merveilles photographiques (qui je le pense va souvent être référencé sur ce blog)...Il vous suffit de cliquer sur son nom pour découvrir un peu plus son travail...

mardi 2 novembre 2010

Sur les traces de Norma Jeane...

© Richard Avedon
"Not a scared lonely little girl anymore"
Ces mots sont de Marilyn Monroe...
Marilyn, tout le monde la connaît ou plutôt croit la connaître...Icône absolue de l'âge d'or d'Hollywood, idéal féminin d'un autre siècle pourtant aujourd'hui toujours autant référencé (séances photos la parodiant, films en préparation, dont un actuellement en tournage avec l'irrésistible Michelle Williams, un roman, Blonde, écrit par Joyce Carol Oates...). On a tous en nous quelque chose d'elle: une image, une chanson, une scène de film, un éclat de rire, une certaine idée de la blondeur, une robe capricieuse qui s'envole...L'objet Marilyn, puisque c'est bien ce dont il est question ici, fait vendre...Elle est une propriété publique, qu'on s'arrache, et dont on se délecte avec distance de la lente et douloureuse descente aux enfers. Andy Warhol, pour ne parler que de lui, l'immortalisera dans un de ses célèbres tableaux sérigraphiés, reproduit à l'infini, au même titre que Mickey ou qu'une boîte de conserve. On la retrouve, dans chaque magasin, ornant des mugs, des cendriers, des tee-shirts...Juste une image. Toujours cette seule et même image d'une jeune femme écervelée et futile, lumineuse et sexuée à outrance... Mais où est la femme? Où se cache Norma Jeane dans tout ça? Aucune importance...
Je n'ai jamais eu de réel intérêt pour Marilyn, trop de glamour, de paillettes, de superficialité, de poupoupidous sont accrochés à sa personne...J'ai même assez régulièrement remis en cause son talent d'actrice ("Marilyn, une potiche?"). Par contre, sa voix, les ritournelles qu'elle sait sussurer comme personne, au même titre qu'une Brigitte Bardot, elles, se sont toujours baladées dans ma tête, tels des bonbons acidulés, dont on n'arrive pas à se lasser...Faciles, agréables à fredonner.
La première fois que je me suis vraiment intéréssée à elle, c'est à l'exposition qui était consacrée à Richard Avedon au Jeu de Paume, à Paris, il y a de ça, je crois, deux ans...Parmi, les innombrables portraits de stars, de mannequins ou d'anonymes, je suis tombée sur une photo d'elle...Méconnaissable. Un beau portrait en noir et blanc (celui qui illustre ce billet). Je me souviens être restée plusieurs secondes, le regard accroché à l'image, comme interdite...Cette femme au regard mélancolique, je ne l'avais jamais vue, jamais même soupçonnée...Une inconnue dans l'enveloppe corporelle la plus célèbre de notre culture pop.
Il y a quelques jours, est sorti Fragments, un recueil de textes de l'actrice, composé de poésies, de notes, de récits intimes déposés négligemment sur des carnets ou des papiers à en-tête de grands hôtels où elle a séjourné...Le tout dormait dans une valise, chez Anna Strasberg, veuve du fondateur de l'Actor's Studio, Lee Strasberg...Un trésor enfoui qui voit aujourd'hui la lumière du jour. J'y ai retrouvé mon inconnue, Norma Jeane, dépouillée de son alter-ego hollywoodien, un être-humain à l'opposé de ce que les studios et les médias ont fait d'elle...Car si Marilyn est lumineuse, Norma, elle, est sombre, constamment sur un fil, fragile et mélancolique, en quête perpétuelle d'idéal et de perfection.
Dans le coeur de la star, se cache une petite fille brisée, rongée par la solitude...Enfermée dans un rôle qui ne lui convenait pas et dont elle essaiera toute sa vie de se débarrasser...Elle rêvait de théâtre et de grands auteurs, elle aimait la littérature aussi...En lisant ses textes, je ne peux m'empêcher d'être bouleversée, de me reconnaître dans ses mots...Cette personne-là, me touche, me parle...Elle me rassure aussi, tant ses maux ressemblent aux miens.
En même temps, je ressens une certaine culpabilité à la lecture de ces "fragments" de pensées, comme si on violait une nouvelle fois l'intimité de Norma. Non pas son corps ou ses aventures sentimentales, cette fois-ci, mais son âme, ce qu'elle avait réussi, malgré tout, à garder secret de son vivant, loin bien loin de la lumière des projecteurs...
Mais je sais que maintenant, grâce à cette expérience vécue à ses côtés, je ne regarderai plus jamais ses photos et ses films de la même manière, je ne pourrai m'empêcher de voir la tristesse qui se cache derrière ses sourires radieux et l'ombre qui plane au dessus d'elle.
Si Norma était en face de moi aujourd'hui, je n'aurai qu'une seule chose à lui dire: "No, you're not alone anymore. I'm here with you"