© Richard Avedon
"Not a scared lonely little girl anymore"
Ces mots sont de Marilyn Monroe...
Marilyn, tout le monde la connaît ou plutôt croit la connaître...Icône absolue de l'âge d'or d'Hollywood, idéal féminin d'un autre siècle pourtant aujourd'hui toujours autant référencé (séances photos la parodiant, films en préparation, dont un actuellement en tournage avec l'irrésistible Michelle Williams, un roman, Blonde, écrit par Joyce Carol Oates...). On a tous en nous quelque chose d'elle: une image, une chanson, une scène de film, un éclat de rire, une certaine idée de la blondeur, une robe capricieuse qui s'envole...L'objet Marilyn, puisque c'est bien ce dont il est question ici, fait vendre...Elle est une propriété publique, qu'on s'arrache, et dont on se délecte avec distance de la lente et douloureuse descente aux enfers. Andy Warhol, pour ne parler que de lui, l'immortalisera dans un de ses célèbres tableaux sérigraphiés, reproduit à l'infini, au même titre que Mickey ou qu'une boîte de conserve. On la retrouve, dans chaque magasin, ornant des mugs, des cendriers, des tee-shirts...Juste une image. Toujours cette seule et même image d'une jeune femme écervelée et futile, lumineuse et sexuée à outrance... Mais où est la femme? Où se cache Norma Jeane dans tout ça? Aucune importance...
Je n'ai jamais eu de réel intérêt pour Marilyn, trop de glamour, de paillettes, de superficialité, de poupoupidous sont accrochés à sa personne...J'ai même assez régulièrement remis en cause son talent d'actrice ("Marilyn, une potiche?"). Par contre, sa voix, les ritournelles qu'elle sait sussurer comme personne, au même titre qu'une Brigitte Bardot, elles, se sont toujours baladées dans ma tête, tels des bonbons acidulés, dont on n'arrive pas à se lasser...Faciles, agréables à fredonner.
La première fois que je me suis vraiment intéréssée à elle, c'est à l'exposition qui était consacrée à Richard Avedon au Jeu de Paume, à Paris, il y a de ça, je crois, deux ans...Parmi, les innombrables portraits de stars, de mannequins ou d'anonymes, je suis tombée sur une photo d'elle...Méconnaissable. Un beau portrait en noir et blanc (celui qui illustre ce billet). Je me souviens être restée plusieurs secondes, le regard accroché à l'image, comme interdite...Cette femme au regard mélancolique, je ne l'avais jamais vue, jamais même soupçonnée...Une inconnue dans l'enveloppe corporelle la plus célèbre de notre culture pop.
Il y a quelques jours, est sorti Fragments, un recueil de textes de l'actrice, composé de poésies, de notes, de récits intimes déposés négligemment sur des carnets ou des papiers à en-tête de grands hôtels où elle a séjourné...Le tout dormait dans une valise, chez Anna Strasberg, veuve du fondateur de l'Actor's Studio, Lee Strasberg...Un trésor enfoui qui voit aujourd'hui la lumière du jour. J'y ai retrouvé mon inconnue, Norma Jeane, dépouillée de son alter-ego hollywoodien, un être-humain à l'opposé de ce que les studios et les médias ont fait d'elle...Car si Marilyn est lumineuse, Norma, elle, est sombre, constamment sur un fil, fragile et mélancolique, en quête perpétuelle d'idéal et de perfection.
Dans le coeur de la star, se cache une petite fille brisée, rongée par la solitude...Enfermée dans un rôle qui ne lui convenait pas et dont elle essaiera toute sa vie de se débarrasser...Elle rêvait de théâtre et de grands auteurs, elle aimait la littérature aussi...En lisant ses textes, je ne peux m'empêcher d'être bouleversée, de me reconnaître dans ses mots...Cette personne-là, me touche, me parle...Elle me rassure aussi, tant ses maux ressemblent aux miens.
En même temps, je ressens une certaine culpabilité à la lecture de ces "fragments" de pensées, comme si on violait une nouvelle fois l'intimité de Norma. Non pas son corps ou ses aventures sentimentales, cette fois-ci, mais son âme, ce qu'elle avait réussi, malgré tout, à garder secret de son vivant, loin bien loin de la lumière des projecteurs...
Mais je sais que maintenant, grâce à cette expérience vécue à ses côtés, je ne regarderai plus jamais ses photos et ses films de la même manière, je ne pourrai m'empêcher de voir la tristesse qui se cache derrière ses sourires radieux et l'ombre qui plane au dessus d'elle.
Si Norma était en face de moi aujourd'hui, je n'aurai qu'une seule chose à lui dire: "No, you're not alone anymore. I'm here with you"

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